Statue funéraire de Louise de Coligny à Thennelières
Quel est ce revenant au visage
livide qui se dresse ainsi devant vous ? Non ce n'est pas Catherine de
Médicis, mais vous avez bien devinez l'époque. Je suis la statue d'un
gisant qui a été relevé car les galopins du catéchisme jouaient sur
moi à saute mouton derrière le dos de M. le curé.
Effigie de Louise de Coligny,
j'ai été exécutée en marbre avec beaucoup de vérité par un
artiste, peut-être parisien. Il faut dire aussi qu'en ces temps de
bouillonnement nos familles surent encourager les expériences
artistiques les plus avancées (Holbein, Clouet et d'autres nous ont
portraiturés). Ma grande tristesse s'explique aussi par le fait qu'au
moment où on me mit en terre dans cette église en 1589, s'achevait à
peine la longue période des guerres de religions, ces quarante années
qui ont tant coûté de vies, dans le royaume et dans ma famille,
particulièrement lors de la Saint-Barthélémy. Les
Montmorency-Chatillon-Coligny étaient l'un des premiers lignages de
France et nombre d'entre eux marquèrent de l'attachement à la réforme
protestante.
Comment expliquer ma
sépulture, accompagnée d'une telle œuvre d'art dans cette église
bien pauvre? Il suffit de savoir comment fonctionnait la société
féodale. J'étais l'épouse d'un membre d'une grande famille
champenoise, les Dinteville, seigneurs de Polisy, Thennelières et
autres lieux. Le seigneur protégeait ces villages, y rendait justice,
entretenait la partie de l'église où se trouvait le siège d'où il
assistait aux offices et… la sépulture des siens. Mon mari, ses
parents et ses frères –tous serviteurs zélés des rois- ont été
enterrés à Polisy. Moi dans un premier temps j'avais désiré reposé
à ses côtés mais, veuve depuis près de quarante ans, j'ai préféré
Thennelières, parce qu'y reposaient déjà mon fils et ma fille.
M. H. 15-09-1894