Saint-Gengoul de Sacey
Voyez comme je suis élégant !
Je suis saint Gengoul, vêtu comme un prince : grand manteau complété
d'une pèlerine sur les épaules, culotte bouffante, fine chemise au col
tuyauté ; je porte sur la tête un chapeau emplumé, à mon côté une
épée. Je tiens sur mon un bras droit le bassin d'une fontaine, dans ma
main gauche une poignée d'appât sur laquelle un faucon (disparu ?)
picore !
Je suis le patron de cette
église (ce qui explique que monsieur le curé qui m'a offert, est à
genou à mes pieds sur un prie-Dieu marqué de ses armoiries) mais aussi
des maris trompés, en effet ma femme avait elle-même comploté mon
assassinat (11 mai 760). Je suis ainsi vénéré comme martyr de la foi
conjugale. Mon culte s'est répandu dans l'est de la France, en
Champagne et jusqu'en Hollande.
Ma légende est racontée dans
d'anciennes vies de saints, elle dit que j'appartenais à une famille
très noble de Bourgogne (ce qui explique que le sculpteur m'ait donné
en 1533, l'allure élégante d'un noble de son temps, voyez aussi le
chien de chasse derrière moi). Ma valeur militaire était appréciée
par Pépin le Bref. Ma légende est marquée par des signes si
étonnants : mon épée qui fait jaillir l'eau, la main de ma femme,
soumise à une ordalie, noircie dans l'eau d'une fontaine… que
certains auteurs on relié mon culte à celui du dieu gaulois Lug. Ce
dernier avait une jambe plus longue que l'autre, ceci expliquerait-il
l'apparent déséquilibre de mon corps ? A moins que l'artiste
champenois n'ait voulu rendre la gaucherie de mon attitude qui aurait
donné des excuses à ma femme !
M. H. 18-02-1908