Saint Robert de Radonvilliers
Vous vous étonnez de voir un
moine bénédictin dans cette petite église de campagne ? Je suis en
effet une grande et belle statue de bois de saint Robert de Molesmes,
sculptée à la fin du 15e ou au début du 16e siècle avec tant de
vérité et d'affection qu'on se demande si ce n'est pas un moine qui en
est l'auteur. La raison en est bien simple : depuis la fin du 11e
siècle Radonvilliers est un prieuré de l'abbaye de Molesmes (au sud de
Troyes, vers la Bourgogne) que j'ai fondée en 1075, j'en porte
l'église sur le bras (il m'arrive même, sur certaines statues, d'en
avoir deux puisque j'ai aussi fondé Citeaux). Un seigneur et son
épouse (Gauthier du Donjon de Brienne et Adeline) ont donné tout ce
qu'ils possédaient ici à mon abbaye : serfs, terres, prés, bois et
cours d'eau, dîmes et justice. Les habitants de Radonvilliers n'avaient
pas de peine à me reconnaître sous les traits du père abbé de leur
temps, celui qui les protégeait et aussi celui au nom duquel on
percevait taxes et dîmes : mains et visage ascétiques comme il
convient à un moine dont le nourriture est frugale, l'ample coule noire
doublée de blanc qui recouvre la tête (c'est bien utile l'hiver quand
on se rend de nuit pour chanter l'office dans une abbatiale glaciale,
l'artiste n'a pas oublié de figurer la frange de cheveux que le frère
qui m'a rasé le crane m'a laissé), et le bâton pastoral : Père
abbé, je tiens à la main, comme les évêques, ce signe de l'autorité
que j'exerce sur ceux qui dépendent de moi, mes moines mais aussi les
hommes et les femmes qui habitent sur les biens que je contrôle. Au
bord de mon vêtement figure une inscription qui demande de prier pour
les trépassés.
M. H. 20-11-1961