Le tableau historique de Piney.
Je suis une grande toile,
superbement encadrée et due certainement à un bon peintre
(probablement Joachim Duviert, le peintre des Luxembourg) de la
première moitié du 17e siècle.
Je vous parle d'un temps où
les hommes n'étaient pas égaux. Pour vous il s'agit d'être plus ou
moins égal, de mon temps il fallait être plus ou moins inégal et de
le faire sentir! Je suis là pour cela. Non, ce n'est pas le roi Louis
XIII et son épouse Anne d'Autriche agenouillés, parmi leurs saints
patrons, aux pieds de la Vierge Marie et de l'enfant Jésus bénissant,
portés l'un et l'autre en gloire par des anges, mais ce n'est pas pour
rien si ces personnages leur ressemblent.
Piney et la région avaient des
seigneurs de très haut rang : des ducs. Cette église les accueillit
souvent pour des cérémonies familiales. Je suis à moi tout seul une
preuve de cette noblesse et des places respectives des uns et des
autres.
A droite l'héritière,
présentée par sainte Marguerite portant la palme du martyre,
Marguerite, duchesse de Piney-Luxembourg, derrière elle, un peu en
retrait, sa fille, Madeleine. A gauche, présenté par saint Charlemagne
en tenu d'empereur comme il convient, l'époux de Marguerite, Charles,
comte de Clermont-Tonnerre. Tous le deux sont vêtus somptueusement,
l'un et l'autre portent en particulier, le manteau doublé d'hermine
comme il convient à un duc et une duchesse. Ces manteaux sont décorés
d'un semis d'armoiries qui mêlent les clefs en sautoir des
Clermont-Tonnerre et les lions couronnés des Piney Luxembourg.
Une question vous vient à
l'esprit : pourquoi le mari qui n'est que comte, porte-t-il, comme sa
femme le manteau d'hermine ? Bonne question : je veux précisément
démontrer à la face du monde qu'en se mariant, en 1631, Marguerite a
transmis son titre prestigieux à son mari … et donc à leurs enfants.
Ainsi la petite Madeleine, seule héritière, sera duchesse et
transmettra biens et titres à son époux. Ce sera le grand capitaine du
règne de Louis XIV, le maréchal de Luxembourg, celui qu'on surnommera
le " tapissier de Notre-Dame " tant il avait rapporté de
drapeaux ennemis de ses batailles. Pendant un temps d'exil il
séjournera même à Piney. Le mémorialiste Saint-Simon nous raconte la
grande rumeur que ce valeureux soldat fit pour remonter le rang des ducs
: il aurait voulu passer du 18e rang de duc de Montmorency au 2e auquel
il pouvait prétendre par sa femme, et de ce duché de Piney-Luxembourg
… Il y eu procès mais il mourut avant la fin... Espérons qu'au Ciel
il a trouvé sa vraie place !