Saint-Quirinus de Pel et Der
Par quel mystère mon
excellente statue se dresse-t-elle là dès l'entrée de ce bel édifice
du 16e siècle ? Il faut dire que cette église conserve encore une
relique de mon bras ramenée de Terre-Sainte au moment des croisades
probablement par les comtes de Brienne, seigneurs directs de ce village.
J'étais un militaire romain de haut rang (l'équivalent d'un colonel)
martyrisé à Rome au 2e siècle. Mon culte est rare.
J'ai fière allure, mon corps
est à l'aise dans sa somptueuse armure, munie des derniers
perfectionnements techniques. Ce n'est certainement pas en toute
innocence que les seigneurs de Brienne ont commandé, en ces premières
années du 16e siècle, mon effigie à un sculpteur qui savait si bien
camper le volume d'un corps dans l'espace. Les biens de cette famille
avaient en effet été confisqués, trente ans plus tôt sous Louis XI,
lors de l'exécution pour haute trahison du Connétable de Saint-Pol,
comte de Brienne (Le connétable était le chef des armées et le
premier dignitaire du royaume). Le roi Louis XII venait de pardonner et
de rendre ce comté de Brienne au fils du traître, Antoine (mort en
1516). N'est-ce pas ce dernier qui me fit ainsi portraiturer de façon
éclatante, désirant remettre en selle la caste aristocratique et
surtout réconcilier l'âme de son père par mon intercession, à moi
officier et martyr de l'armée romaine ?
M. H. 09-10-1961