Sainte Marie-Madeleine de Magny-Fouchard
Tout est fini. La dépouille de
mon Jésus, après ces jours d'angoisse et cette terrible passion,
repose au tombeau. La pierre a été roulée. Après le sabat peut-être
pourrons-nous, avec les saintes femmes, y retourner pour achever
l'embaumement... Mais qui roulera la pierre ? Ce ne sont pas les
apôtres, ils se sont enfui. Jean ? Le disciple que Jésus aimait et à
qui, sur la croix, il m'a confiée? Sera-t-il assez fort ? Aura-t-il le
droit ?...
Comme tous ceux qui se retrouvent seuls, au soir d'une terrible
épreuve, je n'ai plus le courage de penser. Cependant, après avoir
tant pleurée, le sommeil ne vient pas.
Alors, assise sur ce siège que j'occupais au jour de l'Annonciation,
quand tout a commencé, je serre les mains dans un geste de supplication
et m'interroge : l'Ange Gabriel m'avait dit que le fruit de mon sein
était béni. Pourquoi lui avoir infligé tant de souffrances, lui, le
plus innocent des hommes, qui a répété au long sa courte vie qu'il
fallait s'aimer, pourquoi avoir défigurer exprès le plus beau des
hommes ?
Mais il ne faut pas se laisser aller au désespoir, Dieu ne peut tromper
. Jésus a dit "je suis la vérité et la vie". La vie et la
vérité triompheront certainement.
Vous êtes peut-être les tous premiers depuis plus de quatre siècles
à me regarder comme je le mérite. Le curé ou le seigneur de cette
paroisse qui m'a commandée avait certainement fait appel à un maître
de la deuxième moitié du 16e siècle qui a su traiter ce thème
nouveau venu des Flandres et en même temps appliquer les recettes
venues d'Italie : le volume des corps exactement proportionné, le rendu
des chairs et les mouvements les plus expressifs possible. Peu de
détails : tout repose sur l'ampleur des tissus aux plis presqu'évanouis,
tel ce lourd voile sur ma tête symbole même du poids de ma peine.
M.H 21-12-1978