La vierge de pitié de La Rothière
Vierge de douleur,
piéta… vous le savez les artistes de la fin du Moyen-Age ont aimé
représenter en peinture et en sculpture ma douleur de mère :
témoignage de l'absurde cruauté humaine puisque sur mes genoux à moi
qui lui ai donné le jour, repose le corps douloureux de mon fils après
le martyre de la croix.
L'artiste de la deuxième
moitié du 16e siècle qui m'a campé dans ce lourd morceau de pierre
avait certainement vu les œuvres des artistes italiens, peut-être
même la piéta de Michel-Ange. Tout est fini, Jésus roule au tombeau.
De cet être sans vie, le sculpteur a magnifié la masse corporelle et
au lieu de rechercher l'équilibre entre nos deux volumes, il a
délibérément minimisé ma part et seulement rendu l'effort que je
peux accomplir pour le retenir : mes genoux fléchissent, mes pieds se
tordent et tout le corps de mon fils s'expose, je l'expose et le retiens
un instant encore de mon genou droit au moment où il roule vers la
terre. Oui, il lui appartient désormais, mais pour combien de temps ?
M. H. 06-05-1982