Ça y est, j'en témoigne,
l'architecture classique importée d'Italie triomphe. Nous sommes en
1540. Je ressemble à ces arcs festifs construits de façon éphémère
à Troyes à l'occasion de l'entrée d'un des rois du 16e siècle : une
grande arcade centrale séparées de deux plus petites de part et
d'autre, par des colonnes lisses, doubles et surmontées de chapiteaux
corinthiens. Dans ce décor ainsi délimités, trois tableaux sont
traités avec beaucoup de maîtrise par un artiste marqué par
l'influence flamande : A droite Jésus arrive, chargé de sa croix et
aidé par Simon de Cyrène, au Golgotha où se prépare le crucifiement,
à gauche le Christ sort du tombeau en jetant à terre les soldats qui
montaient la garde. Au centre : quel mouvement ! je porte tous les
événements du drame représentés simultanément : le Christ en croix
entouré des deux larrons : le bon à sa droite apaisé, le mauvais à
sa gauche tordu par l'angoisse, Marie-Madeleine qui étreint le bois de
la croix, les soldats romains à cheval, la vierge Marie qui s'évanouit…
quelle vie, on croirait assister à une représentation du mystère de
la passion comme Troyes en connaissait à cette époque ! Par chance,
les panneaux qui me cachaient, les jours ordinaires ont été retrouvés
à la sacristie. Ils étaient dans un bien piteux état; restaurés ils
ont repris leur place et on peut y lire des épisodes de la vie des
saints Pierre et Paul.