La Vierge de Chauffour-les-Bailly
Certains me font rougir en me
disant que je suis la plus belle de ces jeunes vierges de pierre que les
artistes champenois, encore tellement " gothiques ", ont
multiplié au début du 16e siècle !
En toute modestie, c'est vrai
que je suis belle, une reine précieusement couronnée. Le sculpteur
s'est appliqué pour prouver qu'il était un virtuose - mesurez la
légèreté et la souplesse du lange dans lequel je tiens l'enfant
Jésus - et cependant ne pas détourner l'attention de l'essentiel :
j'offre mon fils au monde, je vous le tends, il vous regarde en
souriant, oui, le vide s'ouvre devant lui, il pourrait basculer, le
vertige de son destin et de son sacrifice à venir éclate dans ce grand
pli plat de mon manteau, là, devant … mais non, je le retiens un
instant, le temps est encore au rire, à la jeunesse, à l'insouciance
de l'enfance. Les soucis viendront toujours assez tôt.
M. H. 18-02-1908